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Marché de l'emploiC. Azzopardi

Chômage en Suisse romande : ce que les chiffres de septembre changent pour votre recherche d'emploi

Les chiffres du SECO publiés le 6 octobre 2026 montrent un chômage suisse stabilisé à 3,0 %, mais qui progresse plus vite en Suisse romande qu’en Suisse alémanique, porté par des secteurs cycliques comme l’horlogerie. L’article décrypte ces données région par région et secteur par secteur, fait un point sur le chômage des jeunes et sur le rapport des salarié·e·s suisses à l’IA, et en tire des conseils concrets pour adapter sa stratégie de candidature : canaux à diversifier, secteurs à cibler, compétences à mettre en avant.

Chômage en Suisse romande : ce que les chiffres de septembre changent pour votre recherche d'emploi

EN BREF 

  • Le taux de chômage suisse s'est stabilisé à 3,0 % en septembre 2026, mais il progresse plus vite en Suisse romande et au Tessin (+5,9 % sur un an) qu'en Suisse alémanique (+5,2 %), selon le Secrétariat d'État à l'économie (SECO).

  • Les jeunes de 15 à 24 ans affichent une légère embellie saisonnière (3,3 %, -0,1 point), liée aux sorties de formation et d'apprentissage, mais restent au-dessus de la moyenne nationale.

  • Dans le canton de Vaud, le nombre de places vacantes annoncées aux offices régionaux de placement (ORP) a reculé de 1,7 % en un mois : les postes visibles par les canaux classiques se raréfient.

  • Certains métiers recrutent activement (santé, hôtellerie-restauration), tandis que d'autres reculent (commerce de détail, marketing et relations publiques).

  • Les salarié·e·s suisses craignent davantage les effets de l'IA sur le marché du travail en général (36 %) que sur leur propre poste (11 %), selon le Baromètre suisse des RH 2026 de la Haute école de Lucerne (HSLU).

  • Le SECO parle d'un « plateau », pas encore d'un « tournant » : l'amélioration de la conjoncture ne s'est pas encore traduite par une reprise franche de l'emploi.

  • Conséquence concrète pour vous : élargir vos canaux de candidature, cibler les secteurs en tension, miser sur la formation continue et adapter votre positionnement selon votre bassin d'emploi.

Depuis quelques semaines, les chiffres mensuels du chômage suisse sont scrutés avec une attention particulière par les personnes en recherche d'emploi en Suisse romande. Et les statistiques publiées le 6 octobre dernier par le SECO, puis déclinées par les cantons de Vaud et de Fribourg, confirment une tendance qui vous concerne directement : si le marché du travail suisse se stabilise dans son ensemble, la Suisse romande absorbe les secousses économiques moins bien que la Suisse alémanique. Comprendre pourquoi, et surtout ce que cela implique pour votre propre stratégie de candidature, peut faire la différence dans les prochains mois.

Ce que disent les chiffres de septembre 2026

Selon le communiqué du SECO publié le 6 octobre 2026, le taux de chômage national s'est maintenu à 3,0 % en septembre, un niveau stable par rapport au mois d'août (3,1 % une fois corrigé des variations saisonnières). Le nombre de personnes sans emploi a même légèrement reculé sur un mois, à 140 480 personnes (-0,8 %). Mais sur un an, la hausse reste nette : +5,4 %, soit 7 247 personnes de plus qu'en septembre 2025.

Jérôme Cosandey, chef de la direction du travail au SECO, résume la situation sans détour : « Nous avons atteint un plateau, pas encore un tournant. » Il relève que la forte croissance du PIB enregistrée au deuxième trimestre (+1,5 %, tirée notamment par la pharma), la stabilisation des relations commerciales avec les États-Unis et un impact plus limité qu'attendu de la crise au Moyen-Orient ont renforcé la confiance des entreprises. Mais cette confiance ne s'est pas encore traduite par une vague d'embauches.

Pour vous, chercheur ou chercheuse d'emploi, ce diagnostic a une conséquence pratique immédiate : il serait prématuré de tabler sur une accélération rapide des recrutements dans les prochains mois. Le SECO lui-même prévoit un taux de chômage moyen de 3,1 % pour l'ensemble de 2026, et de 3,0 % pour 2027. Autrement dit, planifiez votre recherche sur la durée plutôt que d'attendre un retournement de conjoncture à court terme.

Zoom sur les jeunes : une embellie en demi-teinte

Le même communiqué du SECO apporte une note plus encourageante pour les jeunes actifs. Le taux de chômage des 15-24 ans a reculé de 0,1 point entre août et septembre, à 3,3 %. Cette embellie reste toutefois largement saisonnière : elle correspond à l'arrivée sur le marché du travail de jeunes sortant de formation ou d'apprentissage à cette période de l'année, un phénomène que le canton de Fribourg cite également pour expliquer une partie de son propre recul du chômage en septembre.

Ce chiffre reste malgré tout supérieur à la moyenne nationale (3,0 %) : les jeunes demeurent une catégorie plus exposée aux fluctuations du marché. Si vous terminez une formation ou un apprentissage cet automne, c'est le moment de profiter de cette dynamique saisonnière plutôt que d'attendre : les entreprises intègrent plus volontiers de nouveaux profils à cette période de l'année qu'en plein hiver. Ne laissez pas retomber cet élan au-delà des premières semaines qui suivent la fin de vos études.

Pourquoi la Suisse romande résiste moins bien

Le point le plus frappant de cette publication concerne l'écart entre les régions linguistiques. Sur un an, le chômage progresse plus vite en Suisse romande et au Tessin (+5,9 %) qu'en Suisse alémanique (+5,2 %). Le SECO l'explique par une structure économique plus dépendante de secteurs cycliques, en particulier l'horlogerie dans l'Arc jurassien (Jura, Jura bernois, Neuchâtel), et par des bassins d'emploi plus restreints, qui offrent mécaniquement moins d'options de reclassement en cas de ralentissement.

Les chiffres cantonaux publiés le même jour confirment des trajectoires très différentes à l'intérieur même de la Suisse romande. Dans le canton de Vaud, le taux reste stable à 4,9 %, contre 4,5 % il y a un an : la pression s'installe durablement plutôt que de refluer. À Fribourg, en revanche, le taux a reculé de 0,1 point à 2,5 %, porté notamment par l'arrivée sur le marché du travail de jeunes sortant de formation.

Prenons un exemple pour illustrer ce que ces statistiques signifient concrètement. Yanis, 34 ans, vendeur spécialisé dans l'horlogerie à La Chaux-de-Fonds, est inscrit à l'ORP depuis trois mois. Son secteur traverse un ralentissement structurel qui n'est pas lié à ses compétences personnelles, mais à la conjoncture d'une industrie entière, concentrée géographiquement. Pour une personne dans sa situation, rester concentré sur son seul bassin d'emploi local réduit mécaniquement ses chances : élargir le rayon de recherche vers des pôles économiques plus diversifiés, comme Neuchâtel-ville, Bienne ou l'arc lémanique, ou envisager des postes connexes à l'horlogerie (vente technique, luxe, relation client haut de gamme) peut ouvrir des portes que le seul marché local ne propose pas.

Les secteurs qui bougent : repérer les opportunités plutôt que les menaces

Derrière la statistique globale, le détail par groupe de professions publié par le canton de Vaud donne des indications utiles sur les secteurs qui recrutent et ceux qui reculent. En septembre, les professions de la santé et celles de la restauration (spécialistes et auxiliaires, barmen compris) ont vu leurs effectifs de chômeurs augmenter le moins, un signe de dynamisme relatif de ces secteurs. À l'inverse, les professions du commerce de détail et celles du marketing et des relations publiques ont enregistré un recul plus marqué des effectifs sans emploi inscrits, ce qui traduit, selon la lecture habituelle de ces statistiques, des sorties vers l'emploi dans ces segments mais aussi des réductions de postes dans certaines entreprises.

Si votre parcours professionnel est ancré dans un secteur en tension, comme le commerce de détail ou les métiers de la communication actuellement bousculés par l'automatisation de certaines tâches, c'est le moment d'identifier les compétences transférables de votre profil vers des métiers voisins en meilleure santé : relation client dans la santé ou l'hôtellerie, coordination logistique, support administratif spécialisé. Un bilan de compétences avec votre conseiller ORP, ou un entretien-conseil dans votre office cantonal, permet souvent d'objectiver ces passerelles plutôt que de les deviner seul.

Moins d'offres passent par les canaux classiques : élargissez votre champ d'action

Un deuxième signal mérite votre attention : dans le canton de Vaud, le nombre de places vacantes annoncées par les entreprises aux ORP a reculé de 1,7 % en un seul mois, à 2 892 postes. Cette baisse ne signifie pas qu'il n'y a plus d'embauches, mais qu'une partie croissante des recrutements se fait sans passer par les canaux institutionnels que vous consultez peut-être en priorité.

Cette évolution rejoint un constat plus large, documenté notamment par le baromètre annuel du marché du travail publié par le cabinet de transition de carrière von Rundstedt Suisse en janvier 2026 : la part des embauches réalisées grâce au réseau personnel a reculé de 43 % à 35 % en un an, au profit d'autres canaux plus actifs, candidatures spontanées directement adressées aux entreprises, approche directe via LinkedIn, ou recommandations professionnelles ciblées.

Concrètement, cela signifie que limiter votre recherche aux plateformes d'annonces (jobup.ch, les sites des ORP, les job boards généralistes) revient à ne voir qu'une partie du marché réel. Un profil LinkedIn à jour, avec un résumé clair de votre valeur ajoutée et des publications régulières sur votre domaine d'expertise, augmente votre visibilité auprès de recruteurs qui, de plus en plus, identifient des candidats avant même qu'un poste ne soit officiellement publié. De même, une candidature spontanée bien ciblée, adressée directement à une entreprise qui correspond à votre projet professionnel, peut aujourd'hui être aussi efficace, sinon plus, qu'une réponse à une annonce où vous êtes en concurrence avec des dizaines d'autres candidatures.

Le regard des salarié·e·s suisses sur l'IA : plus d'inquiétude pour le marché que pour soi

Un autre élément d'actualité éclaire la manière dont les actifs suisses perçoivent la place de l'IA dans leur avenir professionnel. Selon le Baromètre suisse des ressources humaines 2026, publié le 9 octobre par l'Université de Lucerne et la Haute école spécialisée de Lucerne (HSLU) auprès de 1597 salarié·e·s interrogé·e·s entre mars et juin, l'écart est net entre la crainte collective et la crainte individuelle : 36 % des personnes interrogées pensent que l'automatisation pourrait faire augmenter le chômage en général, contre seulement 11 % qui craignent de perdre personnellement leur poste à cause de l'IA ou des nouvelles technologies. Près d'un quart (23 %) jugent toutefois probable que certaines de leurs tâches actuelles soient automatisées.

Le même baromètre apporte un signal utile pour votre recherche : 70 % des salarié·e·s suisses estiment disposer de compétences suffisamment transférables, comme la gestion de projet, la pensée analytique ou les compétences numériques, et 62 % disent développer activement de nouvelles compétences. Se former en continu n'est donc pas une démarche exceptionnelle, mais la norme parmi les actifs suisses actuels. Les autrices de l'étude relèvent par ailleurs que les personnes les plus inquiètes face à l'automatisation sont aussi les plus stressées et les moins engagées dans leur travail : un rappel que l'appréhension autour de l'IA, si elle est compréhensible, gagne à être transformée en action concrète, formation, veille sur les outils de votre secteur, plutôt qu'en source de blocage dans votre recherche.

Ce que cela signifie concrètement pour votre stratégie de recherche

Pour traduire ces constats en actions, voici les ajustements les plus pertinents à apporter à votre recherche dans les prochaines semaines :

  1. Diversifiez vos canaux de candidature. Ne vous limitez pas aux annonces publiées : complétez votre veille par des candidatures spontanées ciblées et par une présence active sur LinkedIn, où une part croissante des recrutements se joue désormais en amont de la publication d'une offre.

  2. Élargissez votre périmètre géographique si votre secteur est concentré régionalement. Si vous évoluez dans un métier exposé à la conjoncture d'un bassin d'emploi restreint, comme l'horlogerie dans l'Arc jurassien, évaluez les opportunités dans des pôles économiques voisins plus diversifiés.

  3. Identifiez vos compétences transférables vers les secteurs qui recrutent. La santé et l'hôtellerie-restauration montrent une meilleure dynamique que le commerce de détail ou le marketing ce mois-ci : reliez votre expérience à ces besoins plutôt que de vous limiter à l'intitulé exact de votre dernier poste.

  4. Ajustez vos délais. Avec un SECO qui parle de « plateau » plutôt que de reprise, planifiez une recherche qui s'inscrit dans la durée, sans dramatiser un délai de plusieurs mois, qui reste dans la norme actuelle du marché.

  5. Préparez des candidatures personnalisées plutôt que standardisées. Avec moins d'offres visibles et davantage de concurrence sur chaque poste publié, la qualité et la personnalisation de chaque candidature pèsent plus que leur nombre.

  6. Misez sur la formation continue, à l'image de la majorité des actifs suisses. 62 % des salarié·e·s déclarent développer activement leurs compétences face aux mutations technologiques et numériques : mentionner une démarche similaire, même informelle, renforce la crédibilité de votre candidature.

En résumé

Les chiffres d'octobre ne dessinent pas un marché de l'emploi en crise, mais un marché encore convalescent, avec des trajectoires régionales et sectorielles très inégales. La Suisse romande, plus exposée aux secteurs cycliques, met plus de temps à refléter l'amélioration de la conjoncture générale que la Suisse alémanique. Pour vous, cela ne change rien à votre valeur professionnelle, mais cela doit influencer la façon dont vous organisez votre recherche : plus de canaux, plus de flexibilité géographique et sectorielle, et une préparation plus fine de chaque candidature. Ce sont précisément les ajustements qui, mois après mois, font la différence entre une recherche qui s'enlise et une recherche qui aboutit.

 

Sources

  1. Secrétariat d'État à l'économie (SECO), communiqué « La situation sur le marché du travail en septembre 2026 », 6 octobre 2026 https://www.admin.ch/fr/newnsb/Cdju9-o8WGML

  2. Allnews (dépêche AWP), « Le taux de chômage reste stable à 3 % en septembre », 6 octobre 2026  https://allnews.ch/node/160074

  3. Le Temps, « En septembre, le taux de chômage en Suisse s'est stabilisé à un bas niveau », 6 octobre 2026  https://www.letemps.ch/economie/en-septembre-le-taux-de-chomage-en-suisse-s-est-stabilise-a-un-bas-niveau

  4. État de Vaud, communiqué « Septembre 2026 : taux de chômage stable à 4,9 % », 6 octobre 2026  https://www.vd.ch/actualites/communiques-de-presse-de-letat-de-vaud/detail/communique/septembre-2026-taux-de-chomage-stable-a-49

  5. État de Fribourg, « Le chômage recule dans le canton de Fribourg en septembre 2026, à 2,5 % », 6 octobre 2026  https://www.fr.ch/deef/spe/actualites/le-chomage-recule-dans-le-canton-de-fribourg-en-septembre-2026-a-25

  6. Blick, « Le marché de l'emploi sous pression en 2026 », d'après le Baromètre du marché du travail 2026 de von Rundstedt Suisse, 29 janvier 2026  https://www.blick.ch/fr/suisse/suisse-le-marche-de-lemploi-sous-pression-en-2026-id21642215.html

  7. ICTjournal, « Les employés suisses craignent davantage les effets de l'IA sur le marché du travail que sur leur propre emploi », d'après le Baromètre suisse des RH 2026 (Université de Lucerne / HSLU), 9 octobre 2026  https://www.ictjournal.ch/etudes/2026-10-09/les-employes-suisses-craignent-davantage-les-effets-de-lia-sur-le-marche-du